Je ne vous jette pas la pierre Orpierre

Orpierre, c’était un peu le festival de Cannes de l’Aspala : LA sortie à ne pas rater de l’année, avec sa sélection officielle (la crème de la crème du club) et la non-officielle (vachement moins glamour évidemment).

C’était surtout la promesse de belles voies bien équipées, d’apéros festifs, et de beaux cailloux gorgés de soleil. Sur ce dernier point nous avons douté jusqu’au bout. La météo s’annonçait capricieuse et incertaine jusqu’à la veille du départ.

C’est finalement par une inespérée journée ensoleillée que nous avons entamé les hostilités, au secteur Cascade et Belleric. Après avoir copieusement tartiné nos fragiles épaules de crème solaire, nous voilà fin prêts pour graisser les prises de nos doigts fébriles. Un dernier rappel sur les consignes de sécurité, les manip’ de haut de voie et nous voilà parti à l’assaut de la falaise ! C’était pour certain.e.s la première sortie en site naturel de leur vie, et pour tous l’occasion de se mettre dans l’ambiance de ce cadre magnifique et de chauffer en douceur, dans des voies allant du 4 au 6ème degré.

Les machines Mathilde B et Alexandre ont enchaîné les voies comme des perles. Mathilde G et Jérémy se sont familiarisé avec le calcaire local, pestant parfois contre des « toits insurmontables », pendant que Thierry et Benoît ont initié les plus motivés comme Long aux voies de plusieurs longueurs et au rappel. Magali N a retrouvé les sensations incomparables de grimper sur du vrai rocher. Pleine de bonnes résolutions, Johanne a commencé en tête avant de revoir ses prétentions à la baisse sur une voie plus récalcitrante que prévue. Patrick s’est remémoré avec bonheur son premier séjour ici dans les années 90. Romain s’est rendu compte que l’escalade sur rocher n’était pas aussi intuitive pour lui que de courir 80 kilomètres comme un lapin. Juliette et Kevin ont grimpé autant de jour que de nuit ;)… Bref, tout le monde s’est bien amusé, et ce n’était que le début…

Le soir, fourbus, en nous attablant au gîte Les Drailles, nous avons découvert les joies du banquet gaulois façon Pierre-Yves Beauchaton. Le maître des lieux est à la fois équipeur de la falaise, grimpeur émérite, et cuisinier de talent… le mec parfait.

Ce copieux repas aurait pu nous permettre de dormir paisiblement dans le silence d’une douce nuit à la campagne. C’était sans compter sur les prises de paroles nocturnes d’Alexandre, qui revit dans son sommeil les meilleurs moments de sa journée… à voix haute. Mais tout le monde n’a pas eu la chance de dormir à ses côtés…

Deuxième journée, les choses sérieuses commencent : les infatigables Mathilde B et Long partent de bon matin avec Benoît et Thierry pour s’initier à la grande voie, pendant que le reste du groupe s’échauffe en ouvrant alternativement la paupière gauche et la paupière droite. Après ce réveil musculaire complété à la caféine, nous voilà partis au secteur 4 heures Ouest, sous un soleil de plomb. Heureusement nous sommes les premiers sur site car des hordes de barb… grimpeurs arrivent peu après nous à la recherche de voies aux cotations « accueillantes ». Trop tard. La fine fleur de l’Aspala a déjà hissé ses cordes aux sommets de toutes les plus belles couennes locales. J’en profite pour me vacher au sommet avec mon appareil photo et immortaliser chacun dans des poses toujours plus acrobatiques. Nous finissons cette séance clic-clac complètement desséchés, et décidons de partir à la recherche d’ombre et de fraîcheur pour la pause déjeuner.

Orage ô désespoir

En début d’après-midi, alors que les Aspalien.ne.s digèrent leurs casse-croûtes sur les dalles inclinées du secteur 4 heures Est, une « cellule orageuse » (dixit Jérémy, notre prévisionniste météo AMATEUR) surgit au-dessus de nos têtes, trempe le rocher, et transforme les modestes 4b en patinoires verticales frisant le 8ème degré. Les grimpeurs coincés au milieu de la paroi, comme Romain, ont apprécié…

Heureusement, le repli stratégique au bar Le Quartz a permis de noyer notre chagrin et notre frustration dans l’alcool, avant de se ressaisir et de se lancer dans une session pétanque & slackline mémorable.

Troisième jour. Ça commence à tirer. Sauf pour Romain qui prétexte d’aller chercher le pain à 6 heures du matin pour s’enquiller 10 kilomètres de course à pieds en guise de petit-déjeuner. S’ensuit un nouveau départ aux aurores, car Jérémy, stagiaire Météo France débauché par l’Aspala, nous indique des « cellules inquiétantes » pour le début d’après-midi. Direction les secteurs des Dalles du Paradis et de l’Eternel féminin. Les voies s’enchaînent à un bon rythme, au milieu des nombreux groupes de grimpeurs, de Bretagne, de Belgique, de Paris 20ème, venus comme nous profiter des ponts du mois de mai pour échapper aux sempiternelles prises en résines.

Tout allait bien : Thierry tentaient en vain de convaincre le groupe de tester en moulinette une « très belle 6A » que personne ne parvenait à enchaîner… Jusqu’à ce que les prévisions de Jérémy se vérifient et se révèlent -étonnamment- fiables. A peine le temps de déballer le jambon-beurre de la mi-journée qu’une douche digne de la mousson tropicale nous oblige à remballer précipitamment. Encore une bonne excuse pour finir attablé au Quartz à enchaîner les Picon bière dès 14h…

Une fois l’orage passé, et les pintes vidées, une poignée d’irréductibles grimpeurs décide de partir en découdre au Puy, un secteur abrité de la pluie car déversant. La fin d’après-midi est donc consacrée à se remplir les avant-bras d’acide lactique dans des voies bien physiques. Une ultime averse nous incite à rentrer au gîte où nous attend un dîner toujours plus gargantuesque :
Pizzas blanches chèvres-miel, lasagnes, patates douces à la coriandre… On commence à comprendre pourquoi nos performances sur le rocher baissent chaque jour un peu plus. Heureusement Alexandre, le GO du groupe, mange pour 4, finit les restes et nous aide à digérer en nous offrant un hilarant spectacle comique avec son binôme Mathilde B. Ce sont un peu les Chevalier Laspallès de l’Aspala.

Dernier jour de grimpe, nous nous dirigeons vers le secteur Château en espérant que le rocher ne soit pas trop mouillé par la pluie de la veille. Notre voeu n’est qu’à moitié exaucé, puisqu’une voie sur deux se révèle impraticable. Difficile de faire la fine bouche, nous nous contentons du reste pour user le peu de peau qu’il nous reste sur les doigts, avant de plier bagage à la mi-journée.

Ces quatre jours de grimpe auront donc été parfaitement optimisés, chacun a pu se faire plaisir sur des voies adaptées à son niveau. En résumé, un séjour qui sentait bon la bonne humeur, le thym, la pétanque, la poésie… et la douceur de vivre provençale.

Mais n’oublions pas nos copains Aspaliens de la sortie « non officielle » qui eux aussi ont pu goûter aux joies de la grimpe à Orpierre.

A quelques kilomètres du gîte où les membres de la sortie « officielle » avaient établi leur camp de base, un autre groupe d’une dizaine d’aspaliens a élu domicile au lieu dit du « Jonchier ».

Pendant quatre jours, ils ont alterné les escalades mythiques dans les secteurs d’Orpierre. A Belleric, Château, Cascade et 4 heures pour les couennes, au Quiquillon pour les grandes voies, mais aussi au Puits, cette falaise déversante bien utile lors des jours pluvieux, quand les autres falaises ne sont pas grimpables !

D’autres moments de cohésion ont également ponctué le séjour : des barbecues, une soirée pizza au bar-restaurant le Quartz III, des soirées (un peu) arrosées… et bien sûr les retrouvailles – autour d’un verre ou au pied des voies – entre membres de la sortie « officielle » et membres de la sortie « non officielle ». Comme on dit : plus on est de fous, plus on rit !

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